Bernard-Henri Lévy et ses Mémoires provisoires remaniables
Le philosophe publie ses Mémoires provisoires : ActuaLitté y lit une table à feuilleter, France Inter un bilan de vie par les rencontres.
Bernard-Henri Lévy publie ses Mémoires provisoires, un volume de plus de 800 pages paru le 1er octobre 2026 et présenté chez Olivier Nora Éditions. Deux regards très différents sont arrivés presque en même temps : une chronique d’ActuaLitté et un long entretien dans l’émission Rien ne s’oppose à la nuit sur France Inter.
En bref
- Deux regards très différents sont arrivés presque en même temps : une chronique d’ActuaLitté et un long entretien dans l’émission Rien ne s’oppose à la nuit sur France Inter.
- Deleuze, de son côté, lui apprend que les genres littéraires sont des « montages provisoires ».
- Entre la chronique, attentive à l’architecture du volume, et l’entretien, plus porté sur les rencontres et les années de formation, un même fil apparaît : un livre qui se présente comme une épreuve de mémoire ouverte, jamais close.
Un livre qui se lit en feuilletant
Dans sa chronique du 7 octobre 2026, ActuaLitté insiste sur la construction du volume. Salim Rzin y décrit une table des matières qui aligne des noms, des lieux, des rencontres et des épisodes. Certains appartiennent à la grande histoire, d’autres semblent présents pour une seule raison : ils comptent aux yeux du mémorialiste. Le lecteur entre où il veut et compose son propre parcours, au point que le chroniqueur se demande si cette liberté relève de la générosité ou de l’habileté.
Cette lecture à sauts et à reprises rappelle, selon lui, le recueil de Queneau, Cent mille milliards de poèmes. On s’arrête sur un nom, puis on repart ailleurs, comme on fait défiler un écran.
Le provisoire comme principe d’écriture
Le chroniqueur part d’une idée simple : dès le préambule, la subjectivité de l’auteur ne se distingue plus de son récit. Raconter, écrit-il, n’est pas témoigner après coup, c’est fabriquer. Les mémoires ne peuvent donc qu’être révisables, puisque le récit suivant les reprendra. L’auteur y annonce lui-même une toile faite, défaite et reprise, et renonce au portrait en miroir au profit d’une existence vue de biais.
L’adjectif du titre a une généalogie. Il vient d’Althusser, que le chroniqueur rappelle avoir qualifié ses propres ouvrages de « thèses provisoires ». Deleuze, de son côté, lui apprend que les genres littéraires sont des « montages provisoires ». Toujours selon la légende rapportée dans le livre, le professeur de Vincennes n’avait pas d’empreintes digitales, mais Lévy conserve son numéro de téléphone : « c’est gravé ».
La galerie ne s’arrête pas aux philosophes. On y croise Verdiglione, psychanalyste milanais dont les fourrures et les cigares éteints rappellent ceux de Lacan, ou encore Sakineh, jugée dans un idiome qu’elle ne maîtrisait pas. Le chroniqueur y voit un choix d’écriture net entre le réel et sa trace. Il termine en notant que le dernier chapitre s’intitule « Adieu à Grasset », avant de saluer la nouvelle maison d’édition.
Ce que raconte l’entretien radiophonique
Du côté de France Inter, l’émission diffusée le jeudi 8 octobre 2026 s’ouvre sur une invitation à entrer « au cœur du provisoire ». La présentation y lit un refus du définitif, une façon de penser le temps sans renoncer à l’espérance. Elle voit dans la dernière phrase du livre une clé de lecture, qui parle du désir de durer et de tout reprendre au besoin.
L’écrivain y explique que ses mémoires reposent sur un journal dicté chaque jour depuis cinquante ans, enregistré d’abord sur des répondeurs, puis mis au propre par une personne restée discrète. D’après le résumé de l’émission, un coffre garde vingt ou trente mille pages. La décision d’écrire remonte à mars-avril 2022, dans les trains ukrainiens, et le travail aurait pris quatre ans, avec un éditeur qui lui répétait « ose écrire ».
Les figures qui l’ont formé défilent ensuite : Roland Barthes, auteur du premier article sur son travail, Michel Foucault, qui lui aurait fait changer de question : le débat ne porte plus sur la possibilité d’une révolution mais sur son caractère désirable. Son mentor serait André Malraux. Interrogé sur sa légitimité à parler, il répond : « Je me mandate moi-même. » L’amour occupe aussi le livre, Arielle Dombasle en tête, tandis que la nuit revient par ses insomnies, qu’il décrit comme à la fois lucidité et obscurité.
« Je vous invite ce soir au cœur du provisoire. »
France Inter, émission Rien ne s’oppose à la nuit
Entre la chronique, attentive à l’architecture du volume, et l’entretien, plus porté sur les rencontres et les années de formation, un même fil apparaît : un livre qui se présente comme une épreuve de mémoire ouverte, jamais close.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Roman Eisele. Licence : CC BY-SA 4.0.