Prix Constantinople 2026 pour David Grossman, Prix de la langue française pour Chantal Thomas
David Grossman a reçu le 9 octobre le Prix Constantinople pour Le Cœur pensant. La veille, Chantal Thomas était désignée lauréate du Prix de la langue française.
L’écrivain israélien David Grossman a reçu le vendredi 9 octobre 2026 la cinquième édition du Prix Constantinople, une distinction dotée de 10 000 euros, selon ActuaLitté. Il est récompensé pour Le Cœur pensant. Réflexions sur un chaos annoncé, publié au Seuil en 2024. La veille, la romancière Chantal Thomas avait été désignée lauréate du Prix de la langue française 2026, décerné par la Ville de Brive.
En bref
- Il est récompensé pour Le Cœur pensant.
- Le critère central est la contribution à l’apaisement dans un contexte de conflit, que ce soit par les personnages, les intrigues ou l’analyse des forces en présence.
- Parmi les précédents lauréats figurent Annie Ernaux en 2008, Emmanuel Carrère en 2011, Mona Ozouf en 2015, Pierre Bergounioux en 2021, Ananda Devi en 2023, Abdellah Taïa en 2024 et Jean Echenoz en 2025.
Le prix a été remis en présence du lauréat. Il succède à Roberto Saviano, honoré en 2025, et le jury est présidé par Metin Arditi.
Un recueil écrit de part et d’autre du 7 octobre 2023
Le Cœur pensant réunit dix articles et discours signés David Grossman. Jean-Luc Allouche a traduit les textes écrits en hébreu et Clément Baude ceux rédigés en anglais. Une partie date d’avant le 7 octobre 2023, jour des attaques du Hamas en Israël, le reste d’après. Livres Hebdo présente le livre comme un recueil consacré à cette journée, publié au Seuil.
D’après ActuaLitté, l’auteur y aborde les fractures de la société israélienne, les choix du gouvernement et la brutalité du conflit israélo-palestinien. Il dénonce les massacres du 7 octobre, reproche leur politique aux responsables israéliens et plaide pour qu’une paix soit conclue avec les Palestiniens. La distinction honore ainsi un romancier dont l’œuvre s’intéresse depuis des décennies aux liens entre Israéliens et Palestiniens, ainsi qu’à la guerre et à ses conséquences sur les individus.
Né à Jérusalem en 1954, David Grossman a aussi publié au Seuil Le Vent jaune en 1988, une enquête sur la situation dans les territoires palestiniens occupés, et Une femme fuyant l’annonce en 2011, un roman couronné par le Prix Médicis étranger.
Un prix pensé pour désamorcer les conflits
Depuis sa création en 2022, le Prix Constantinople couronne chaque année une ou deux personnalités, soit pour toute leur œuvre, soit pour un ouvrage qui s’est particulièrement imposé. Tous les genres sont admis : romans, récits ou essais, rédigés en français ou traduits. Le critère central est la contribution à l’apaisement dans un contexte de conflit, que ce soit par les personnages, les intrigues ou l’analyse des forces en présence.
Le jury de cette cinquième édition compte huit membres : Metin Arditi, qui le préside, Anne Berest, Jean-François Colosimo, Dominique Bona et Jean-Luc Marion, tous deux de l’Académie française, Anne Fulda, Haïm Korsia et Jean-René Van der Plaetsen.
Roberto Saviano, auteur de Gomorra, avait été distingué quelques mois après la parution de Giovanni Falcone (Gallimard, 2025), un livre qui évoque le magistrat italien tué par la mafia sicilienne en 1992. Parmi les lauréats des éditions précédentes figurent Salman Rushdie en 2024, puis Boualem Sansal et Delphine Minoui en 2023, ainsi que Élie Barnavi et Elias Sanbar en 2022, pour la première édition.
Chantal Thomas, Prix de la langue française
Dans un autre registre, ActuaLitté annonce que Chantal Thomas est lauréate du Prix de la langue française 2026, lui aussi doté de 10 000 euros. Elle succède à Jean Echenoz, récompensé en 2025. Elle recevra sa récompense le vendredi 6 novembre, à l’ouverture de la 44e édition de la Foire du livre de Brive, qui court du 6 au 8 novembre.
Romancière, essayiste et historienne, spécialiste du XVIIIe siècle, Chantal Thomas a signé des travaux sur Sade, Casanova et Marie-Antoinette. Elle dirige des recherches au CNRS et a aussi enseigné dans des universités américaines, notamment à Yale et à Princeton. Le grand public l’a découverte avec Les Adieux à la reine (Seuil, 2002), prix Femina que Benoît Jacquot a porté à l’écran en 2012. Viennent ensuite L’Échange des princesses en 2013, Souvenirs de la marée basse en 2017, East Village Blues en 2019 et Journal de nage en 2022, tous au Seuil. Son dernier livre, Femmes sur fond azur, a été publié en mars 2026.
Entrée à l’Académie française en 2021, elle a également obtenu le Grand Prix de littérature décerné par la Société des gens de lettres, ainsi que le Prix Roger-Caillois, qui salue l’ensemble de son œuvre. Jérôme Garcin, au nom du jury, a expliqué que celui-ci avait couronné « sa liberté, son style et son œuvre » de romancière, de mémorialiste et d’essayiste, ainsi que sa manière de sublimer la langue française dans chacun de ses livres.
Autour de la table, à l’Institut Sothys, les jurés étaient Jérôme Garcin, Laure Adler, Antoine Compagnon, Olivia de Lamberterie, Étienne de Montety, Dany Laferrière, Éric Neuhoff et Jean-Noël Pancrazi. Créé en 1986 à l’initiative de la Ville de Brive, ce prix honore chaque année une figure des lettres, des arts ou des sciences au titre de son apport à la langue française. Parmi les précédents lauréats figurent Annie Ernaux en 2008, Emmanuel Carrère en 2011, Mona Ozouf en 2015, Pierre Bergounioux en 2021, Ananda Devi en 2023, Abdellah Taïa en 2024 et Jean Echenoz en 2025.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons. Photographe : Mertbiol. Licence : CC0.